Archangélique confite
S’il me fallait choisir une plante emblématique de cette maison, ce serait sans doute l’Archangélique ou Angélique !
Pour honorer le nom de la demeure, pour donner du sens au Jardin des sens, en évoquant celui de ma mémoire du goût de cette tige verte découverte chez une grande-tante gourmande, puis dans le jardin de Camille en Normandie et implantée dans mon humble jardin depuis 3 ans. Juste le temps qu’il faut pour récolter les premiers bâtons, trouver la recette du confiseur et réaliser cette douceur au goût si unique et incomparable, aux propriétés si bénéfiques que nous devrions tous en consommer sans modération !
Mais quelle est donc cette belle ombellifère de la famille de la berce (également présente dans le jardin dès le printemps – V° article blog) ?
L’herbe aux anges doit son nom à ses prétendues vertus magiques, destinées à conjurer les envoûtements et ravissant par sa bonne odeur sorciers et sorcières, à tel point qu’on n’hésitait pas en d’autres temps à l’accrocher au cou des enfants, pour leur protection contre les maléfices de toute nature, tandis que les plus grands s’en servaient comme amulette …
Les médecins de la Renaissance la surnommaient “ racine du Saint-Esprit ”, à cause de ses “ grandes et diverses propriétés contre de très-graves maladies”. Ainsi Paracelse (1490-1541) rapporte-t-il que, lors des grandes épidémies de peste de 1510, de nombreux Milanais furent sauvés grâce à ses prescriptions : de l’angélique en poudre dissoute dans du vin. Selon Olivier de Serres (1539-1619), la précieuse plante “ sert à tenir la personne joyeusement ”.
Édité en 1716, un “ Dictionnaire botanique et pharmaceutique” à durable succès dit l’Angélique “ stomacale, cordiale, céphalique, apéritive, sudorifique, vulnéraire. Elle résiste au venin. On l’emploie pour la peste, pour les fièvres malignes, pour la morsure du chien enragé, à laquelle on l’applique en cataplasme. On en avale un dragme contre la peste, qui chasse le venin par la sueur. ” Un Niçois qui mourut en 1759 à l’âge de 123 ans et trois mois (ce qui reste à vérifier !…) attribuait sa longévité à son habitude de mâcher de la racine d’Angélique en guise de tabac…
Cultivée dès la fin du Moyen-Age en France, cette plante qui pourrait concurrencer le “ ginseng ” de Corée, elle convient aux états d’affaiblissement les plus divers et il n’est guère de fiévreux, de convalescents, de surmenés, de dyspeptiques qui ne puissent bénéfider de son usage. Voyez plutôt : l’angélique active l’ensemble des sécrétions cutanées et rénales, favorise le travail musculaire, l’équilibre et l’énergie nerveux. L’inappétence par asthénie générale (convalescence, etc.) ou d’origine psychique est progressivement surmontée, le travail digestif est facilité, régularisé, les fermentations se dissipent. La plante est donc particulièrement conseillée aux personnes nerveuses sujettes aux troubles de la digestion (crampes, aérophagie, ballonnements, hyperacidité, etc.) et qui abusent souvent de drogues suspectes.
Après avoir figuré, autrefois, dans une foule de médicaments charlatanesques, que ce soit l’élixir pestilentiel de crollius, la fleur des cordiaux de Batœus,ou l’eau céleste de Sylvius Déléboé, l’angélique est surtout connue de nos jours par l’usage qu’en font la confiserie et la liquoristerie. Elle entre aussi dans la composition de l’eau de mélisse des Carmes, de la Bénédictine (distillée à Fécamp) ou de la Chartreuse. Quant aux Lapons et aux Islandais, ils consomment l’angélique bouillie dans-du lait en guise de légume.
Et vous, comment viendrez-vous déguster mon angélique ? E n galette comme dans le Poitou, en petits bâtons à l’heure du thé vert ou cachée dans des plats qui se révèleront sous vos papilles ?


































